On le sait, le monde se divise en deux groupes : il y a ceux qui téléchargent et ceux qui ne téléchargent pas. Entre ces deux camps, le néant, ou plutôt une foule d’internautes mélomanes qui passe sans cesse de l’un à l’autre. Dommage qu’ils soient quasi-systématiquement associés au camps des “téléchargeurs” car selon IPSOS, ceux qui téléchargent sont aussi ceux qui achètent le plus de musique légale. Mais bon, passons là-dessus. Pour ma part, je fais allègrement partie des “gentils pigeons”, c’est-à-dire qu’à part un ou deux titres de Britney téléchargés il y a 4 ans et demi, j’achète toute ma musique.
En période Hadopi, le clivage est quasiment devenu pour ou contre la musique. Ou a entendu beaucoup d’artistes, et pas ceux sur lesquels on aurait envie pleurer, accusant les méchants téléchargeurs de faire du mal aux gentils producteurs de disques et aux encore-plus-gentils musiciens qui crèvent la dalle. La moralisation du débat est d’ailleurs à mon sens symptomatique du retour à une économie des Bisounours, où la situation actuelle est vue à travers un prisme gentils / méchants, l’idée étant bien sûr que les méchants (re)deviennent gentils grâce à des valeurs comme le civisme, hautement bisous-compatibles. Mais bon, cela mériterait un billet à part.
Donc revoilà le débat sur Hadopi en Grande-Bretagne, où le gouvernement annonce vouloir couper l’accès internet des “téléchargeurs”, après plusieurs mois de débat lancés par la Featured artists coalition (FAC). Comme chez nous, les deux clans s’affrontent. Avec à la tête du mouvement pro-riposte graduée un porte-parole à la hauteur de notre Luc Besson national : Lily Allen. Pour ceux qui ne la connaîtraient pas, c’est une chanteuse britannique née en 85 (quand ils commencent à être vraiment plus jeunes que nous, ça fout les boules), interprète des inoubliables tubes “Smile” et “Fuck you”. Classe.
Evidemment, à l’heure du web 2, fi des manifestations, banderolles, pétitions…Lily Allen a lancé un blog : It’s not Alright pour défendre la cause des artistes. Bien. Mais voilà, un journaliste s’est aperçue qu’elle avait recopié sans autorisation un de ses articles initialement paru sur le site Techdirt et enfreint ses propres copyrights en mettant en ligne des MP3 de ses chansons. Pas bien.
Du coup, vote-sanction : des milliers d’internautes lui sont tombés dessus, sur son blog, son Twitter, et tous ces canaux qu’elle utilisait pour promouvoir sa cause. Résultat : un blog fermé, une auto-congratulation sur son Twitter pour avoir “fait son boulot”, mais surtout, l’annonce de l’arrêt de sa carrière. Et puis, retournement de situation : elle n’arrête plus sa carrière, va faire faire une tournée avec un rappeur et même de futurs albums. Bien la preuve que le ridicule ne tue pas.
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hadopi, lily allen, musique, téléchargement
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Excellent! J’aime la référence à l’économie des Bisounours!
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tuER??
Si ça peut ta rassurer je fais (résolument) partie du camp de ceux qui ne téléchargent pas (ou alors en payant).
@M : oui, c’est en référence à une affaire hyper célèbre des années 90, l’affaire Omar Raddad. Jardinier marocain, il a été reconnu coupable du meurtre de Ghislaine Marchal, une riche veuve chez qui il travaillait. Sur l’un des murs de la cave où elle a été assassinée, on a retrouvé écrit en lettres de sang “Omar m’a TUER”. Or, ça a toujours fait débat car c’était une cruciverbiste avérée – elle adorait les mots croisés – et la défense a basé son argumentation sur le fait qu’elle n’aurait jamais écrit une faute pareille, et que c’était un coup monté. Pour autant, Omar Raddad a été condamné à 18 de prison, ramené à moins de 8 ans par grâce partielle de Jacques Chirac, sous la pression du roi du Maroc.
@François : big up
Charlotte veut aussi dire culture G!
OkOk!
Hé hé, ce que tu sais pas, c’est que j’ai révisé mes fiches avant de te répondre
Formidable, je lis cet article sur le tard mais alors vraiment je ne regrette pas. J’adhère à 100 % au ton et au regard. Et j’aime aussi beaucoup le concept d’économie des bisounours. Quant à Lily Allen, et bien je pense qu’elle pourra tirer de cette aventure une conclusion majeure : son public n’a strictement que faire de ce qu’elle peut raconter. Alors qu’elle chante, perso ça me suffit…