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De la folie du web littéraire (ou De ma ringardise absolue)

Jeudi 15 avril 2010

Je ne le cache pas, j’ai un côté très vieille France dans mon rapport à la lecture, et derrière cela, dans mon rapport à la littérature. Pour lire, j’aime les ambiances feutrées et les détails : le secrétaire, la cheminée, les pages qui craquent… J’aime l’objet et son essence : l’odeur, la couleur du livre, la bio de l’auteur, le titre, bien sûr. Le titre fait tout, en tout cas beaucoup. L’auteur aussi : Emmanuel Carrère me bouleverse, Jean-Philippe Toussaint a écrit à peu près tout ce que j’ai lu de meilleur ces derniers temps. Ce que je n’aime pas et n’aimerai jamais, définitivement : le concept de quatrième de couverture, Nicolas Rey, Lolita Pille, les bandeaux de chez Stock avec les auteurs qui posent tels des mannequins. Trop people.

Il faut vivre avec son temps, comme disait l’autre. Certes, je veux bien en convenir. Et hormis la lecture (sujet sensible), je suis plutôt ce que ma grand-mère aurait appelé « une jeune fille bien dans son époque ». NB : à différencier de « bien sous tous rapports ».

Mais j’assume et me fous relativement de ne pas être tendance (ou moderne), si tendance (ou moderne) signifie cautionner de véritables aberrations, à la limite du terrorisme littéraire.

Je m’explique : il y a quelques semaines, je découvre ici que deux jeunes Américains – « autoproclamés ambassadeurs de la « génération Twitter » – ont fait plus fort (et plus naze) que ma mère et son langage SMS à tout-va (au moins, ma mère est drôle) : à savoir, retranscrire 75 « chefs-d’œuvre de la littérature » en vingt tweets chacun… Je crois mourir. Si la notion de chef d’œuvre est ici toute relative, allant de Da Vinci Code (sic) ou Twilight (sic, le come-back) à L’Etranger ou Hamlet, on peut globalement dire en tout cas que le choc des cultures n’a pas l’air de faire peur à nos amis Emmett et Alexandre. Je ne me lancerai pas dans une critique de cet ouvrage que je n’ai pas lu. J’en ai parcouru hier quelques pages et il m’est littéralement tombé des mains. A la décharge des auteurs, j’ai lu quelque part que la VF est affligeante versus la VO, pas si mal pensée. Cela étant, comme nous disent Les Inrocks : « (…) Comment comparer les premières phrases magistrales de L’Etranger à ce médiocre “Maman morte. Sais plus si c’était aujourd’hui ou hier” ? ». Comment, oui, c’est une vraie question.

Deuxième actu de choc, et je pèse mes mots : alertée il y a quelques jours par Valérie, je découvre, ahurie, la réaction de Jean-Claude Derey, auteur publié chez Alphée, à la chronique littéraire de Cynthia qui, ouh la vilaine, a eu la malhonnêteté intellectuelle de révéler sur son blog qu’elle n’avait pas aimé son dernier livre, « Papoua ». Je vous la fais courte hein, la critique est nettement plus argumentée. Nettement moins argumentée, en revanche, consternante au plus haut point, et scandaleusement insultante, la réponse de JC Derey sous forme de mail que Cynthia reproduit sur son blog : « Votre critique de Papoua est le juste reflet de vos limites que vous projetez avec une absence d’humour et de finesse d’esprit. Apprenez donc d’abord à vivre, puis à lire. Et enfin à écrire. Les chiens de la steppe mongole hurlent avec plus d’élégance que vous. Vous dîtes ce que vous pensez. Mais pensez vous vraiment ? Vos mots sont bulle de savon qui vous donnent l’impression d’exister et qui crèvent au premier vent du large. J’accepte la critique quand elle est constructive mais pas les lallations et gazouillis de pétasses. Bien à vous, JCD ».

Il y a une suite. Et oui, l’auteur a envoyé de nouvelles amabilités à notre pauvre blogueuse, certainement et à juste titre abasourdie. La maison d’édition a mis son grain de sel. Bref. L’événement ouvre très certainement un grand débat sur la place et le rôle des blogueurs littéraires.

Mais pour revenir un instant sur le fond, le blogueur – et d’ailleurs la plupart des blogueurs littéraires que je connais se présentent de cette manière -, avant de partager son ressenti, ses émotions, ses déceptions, avant d’être un « critique » donc… le blogueur littéraire est avant tout un lecteur. Et pour en revenir à mon côté vieille France, pour moi, la littérature, c’est avant tout une question de respect : le respect de l’œuvre, le respect de l’écrivain… et le respect du lecteur ! En cela, je suis absolument accablée par l’attitude de l’auteur. Pour poser une nouvelle question qui restera ouverte : comment est-ce possible ?

Bon et pour finir, une bonne nouvelle, l’endroit est vraiment trop sublime pour que je me prive d’en parler : le Bon Marché vient de transférer sa librairie du sous-sol du magasin au dernier étage. Sous la magnifique verrière, l’espace, rebaptisé « la maison d’édition », propose un dédale de bibliothèques comme je les aime. On s’y perd volontiers… un petit goût de reviens-y pas complètement désagréable, si vous voulez mon avis !