Hier, la petite soeur d’une de mes amies a vécu une rupture via Internet. Comme ça, sans prévenir, en un clic, toute une histoire fichue par terre, sans même se retourner sur le clavier. Ca m’a fait l’effet d’être vieille. Je suis pourtant toujours dans ma vingtaine (et la petite soeur en question aussi). Mais quand même. Je vous raconte. La jeune fille se connecte sur Facebook et là elle voit que son copain “is no longer listed as in a relationship”. A la décharge du copain en question, ce highlight lapidaire était accompagné d’un message tout aussi restrictif. En substance : “Je te quitte”. Ca a le mérite d’être clair mais il n’empêche, je trouve ça plutôt sordide, cette mise au point publique.
Quand je pense qu’il y a quelques années, quand j’étais encore au lycée (mon dieu, ça fait plus de dix ans), on piaillait dans la cour – entre deux leçons de philo censées nous ouvrir aux choses de la vie -, sur les sales types qui nous quittaient par SMS. Mais c’était un peu une période bénie, en fait. Au moins, la personne délaissée le savait avant les autres.
Enfin, vivre avec son temps, c’est peut-être ça.
Il en reste que cela pose un certain nombre de questions : les chansons d’amour, celles que l’on a toutes aimées (désolée pour tous les garçons que j’exclus et qui s’y reconnaîtront peut-être pourtant mais j’ai une furieuse envie d’être un peu sectaire, solidarité féminino-copine oblige) parleront-elles maintenant de ruptures numériques ? Si Serge Gainsbourg composait aujourd’hui “Je suis venu te dire que je m’en vais”, écrirait-il “Va voir sur Facebook ce qu’il en est. Je suis au regret de taper que je m’en vais” ? Les films de Christophe Honoré raconteront-ils des histoires de gens qui se quittent par ordinateurs interposés ?
Je ne le pense pas, rassurez-vous. Comme quoi, Internet ne peut pas toujours remplacer la “vraie” vie. Enfin, sur ce coup-là, j’espère.



