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Living with the infidels: la web série se lâche

Mardi 27 octobre 2009

Image 4Vous en avez entendu parler ? oui je sais ce n’est pas tout neuf, mais pour moi si, puisque je viens de découvrir cette petite bombe du web (attention cette phrase contient un jeu de mot douteux). Living with the infidels est une web série britannique lancée en août dernier. Et oui on est comme tout le monde : la web série, plus ça va, plus on s’y frotte. Ce qui me plaît moi là-dedans, c’est le vent de liberté que ce genre nouveau  fait souffler sur la production audiovisuelle. Liberté de diffusion, liberté de format comme dans le cas de la série interactive allemande dont nous avait parlé Elodie, et puis, dans le cas présent, liberté du thème traité. C’est vraiment là-dessus que se joue la force du concept; Living with the infidels conjugue la forme classique et rassurante d’un teen sitcom goguenard, avec un sujet extrêmement grave et encore ultra sensible dans l’opinion : le terrorisme jihadiste.

J’en viens donc au pitch : il s’agit de 4 kamikazes pakistanais, qui fomentent un attentat suicide à Bradford. Une obsession qui les fait tenir : les “six douzaines de vierges voluptueuses” qui les attendront, juste derrière la porte du paradis. Et c’est là que la bât blesse, parce qu’ils vont vite s’apercevoir  qu’il n’est pas forcément nécessaire de devenir une bombe humaine pour avoir accès à de jeunes femmes (certes probablement pas vierges et par définition infidèles) mais tout à fait voluptueuses. A commencer par leurs voisines du dessus, plutôt entreprenantes et sympathiques. Les jeunes djihadistes vont donc découvrir en chemin les bons côtés de l’Occident, qui petit à petit va venir ébranler leur fanatisme…

Je vous mets ici le premier épisode, qui plante bien le décor :


Voilà… Et le pire, c’est que cette dérision marche. On rit oui. Un rire sans honte, plutôt libérateur, parce qu’on a d’un seul coup l’occasion de tourner en ridicule cette horreur contemporaine. La tragédie devient farce, l’invisible ennemi mondial prend un nom, un visage, une humanité, une proximité qui fait que l’on se dit qu’au fond, ça doit être possible d’en venir à bout.

Bon enfin je dis “on rit”, mais vous vous doutez bien que tout le monde ne rit pas. Aasaf Ainapore, le réalisateur a dû faire face à une belle déferlante d’indignation. Deux fronts d’attaque : une partie de la communauté musulmane qui a pu se sentir stigmatisée et les familles de victimes des attentats de Londres, qui n’ont pas trop le coeur à en rire, on s’en doute. Sujet chaud, ultra émotionnel, pas du tout digéré, on ne s’attendait pas à moins, évidemment. Traiter de ce sujet sans être dans le pathos ne peut aujourd’hui être largement plébiscité. Pour autant, cela ne veut  pas dire que c’est la seule façon de le faire. C’est un pré-requis pour des chaines de télévision financées par la publicité, mais certainement pas pour les créateurs. Le web permet donc cette transgression, et ouvre un champs d’expression alternatif, plus risqué, pour pousser des convictions à la marge. Ici Aasaf Ainapor s’est positionné sur le sujet en disant que lui-même étant très concerné par la question du terrorisme, il pense qu’une bonne façon de lutter contre, est de tourner ses protagonistes en ridicule. De les mettre face à leurs contradictions.

Bon alors c’est sûr, on est ici sur de la micro audience et c’est la première limite qu’on pourra opposer à ce discours de “prévention”. Environ 13 000 vues pour le premier épisode puis moins de 2000 pour les suivants (5 en tout). Mais son créateur a pu au moins aller jusqu’au bout de sa démarche, la faire exister, et c’est déjà beaucoup. Surtout quand on pense aux milliers de films qui dorment puis meurent dans des cartons juste parce que “non désolé, c’est un peu trop intello, ou trop anxiogène, ou pas dans l’air du temps ou trop long, ou trop court, ou inadapté à la ligne éditoriale de la chaîne ou déjà traité…etc”. Là, et bien ça existe, on en parle, les médias en parlent, et si cela fait des émules, ça ne peut que faire du bien à notre vieux tube cathodique en mal d’inspiration…

“L’heure du choix” à l’heure du Web

Jeudi 24 septembre 2009

logoPlus de 30% des jeunes entre 18 et 21 ans n’ont pas l’intention d’exprimer leur voix à l’occasion des élections municipales qui se tiendront dimanche en Allemagne. Pour contrer ce qui s’annonce comme l’un des plus forts taux d’abstention jamais recensés dans ce pays sur ce type de suffrages, une agence de com d’Hamburg a eu l’idée de motiver les jeunes électeurs via une web série interactive plutôt bien fichue.

Si on arrive à passer le cap du jingle sonore qui ne nous rappelle pas forcément le meilleur de la production musicale germanique, L’heure du choix (puisque c’est ainsi que ce soap 2.0 s’appelle), convainc et a toutes les chances de “faire le job”. Pourquoi ? Car elle favorise l’émergence d’une vraie conscience politique chez les jeunes en leur parlant de sujets dont ils sont proches (service militaire, légalisation des drogues douces, etc…) tout en appelant à l’identification. Comment ? Par la mise en situation, tout simplement. 4 épisodes (3 sont en ligne à date) mettent en scène 4 personnages, chacun étant confronté à ses propres problèmes.

feuilleton

Ahmed par exemple, jeune turc immigré en Allemagne, souhaite voter contre la construction d’une déviation qui l’empêcherait de continuer à s’entrainer sur son terrain de foot favori, lui-même condamné si ladite déviation devait voir le jour. A ce moment-là, à l’heure du choix, c’est l’internaute qui reprend la main sur le process de décision et qui choisit de voter pour un parti. En cliquant sur CDU / CSU, il brise le rêve d’Ahmed qui s’effondre à l’écran (je suis fan des comédiens) puisque les conservateurs veulent limiter le droit de vote aux ressortissants de l’Union européenne. En cliquant sur tout autre parti, Ahmed, fou de bonheur et toujours aussi expressif, peut participer à un scrutin local qui lui permet d’exprimer sa position. Enfin, une ultime scène illustre les conséquences du vote d’Ahmed : pollution et nuisance sonore en ville.

L’ensemble des séquences et thématiques ont été approuvées par l’Agence fédérale pour l’Education civique. Ce feuilleton d’un genre nouveau est relayé par tous les grands sites d’info allemands. Bild et Spiegel Online sont partenaires officiels de l’initiative.

Vraiment futé.