Archive pour le mot-clef ‘Web’

4 questions à Olivier Ferrand, Président de la fondation Terra Nova

Vendredi 29 octobre 2010

Connaissez-vous Terra Nova ? Le dernier-né des “think tanks” français, qui se définit comme une “Fondation progressiste”, publiait il y a deux ans de cela son premier rapport sur la modernisation de la vie politique. Un rapport qui analysait dans le détail la campagne américaine de 2008 — tout particulièrement celle d’Obama — et en tirait un certain nombre de conclusions pour la vie politique française.

Inutile de dire que nous nous sommes intéressés de près à ces travaux qui, s’ils sont une leçon pour la vie politique, constituent également une réflexion plus globale sur le web, la mobilisation des publics, et le lien entre le numérique et la réalité du terrain… Mais deux ans après, où en est-on ?

Nous avons eu l’occasion de bavarder avec Olivier Ferrand, le Président de Terra Nova, qui a gentiment accepté de répondre à nos questions. Nous l’en remercions et vous invitons à découvrir ses réponses :

4 questions à Olivier Ferrand, Président de Terra Nova

De la folie du web littéraire (ou De ma ringardise absolue)

Jeudi 15 avril 2010

Je ne le cache pas, j’ai un côté très vieille France dans mon rapport à la lecture, et derrière cela, dans mon rapport à la littérature. Pour lire, j’aime les ambiances feutrées et les détails : le secrétaire, la cheminée, les pages qui craquent… J’aime l’objet et son essence : l’odeur, la couleur du livre, la bio de l’auteur, le titre, bien sûr. Le titre fait tout, en tout cas beaucoup. L’auteur aussi : Emmanuel Carrère me bouleverse, Jean-Philippe Toussaint a écrit à peu près tout ce que j’ai lu de meilleur ces derniers temps. Ce que je n’aime pas et n’aimerai jamais, définitivement : le concept de quatrième de couverture, Nicolas Rey, Lolita Pille, les bandeaux de chez Stock avec les auteurs qui posent tels des mannequins. Trop people.

Il faut vivre avec son temps, comme disait l’autre. Certes, je veux bien en convenir. Et hormis la lecture (sujet sensible), je suis plutôt ce que ma grand-mère aurait appelé « une jeune fille bien dans son époque ». NB : à différencier de « bien sous tous rapports ».

Mais j’assume et me fous relativement de ne pas être tendance (ou moderne), si tendance (ou moderne) signifie cautionner de véritables aberrations, à la limite du terrorisme littéraire.

Je m’explique : il y a quelques semaines, je découvre ici que deux jeunes Américains – « autoproclamés ambassadeurs de la « génération Twitter » – ont fait plus fort (et plus naze) que ma mère et son langage SMS à tout-va (au moins, ma mère est drôle) : à savoir, retranscrire 75 « chefs-d’œuvre de la littérature » en vingt tweets chacun… Je crois mourir. Si la notion de chef d’œuvre est ici toute relative, allant de Da Vinci Code (sic) ou Twilight (sic, le come-back) à L’Etranger ou Hamlet, on peut globalement dire en tout cas que le choc des cultures n’a pas l’air de faire peur à nos amis Emmett et Alexandre. Je ne me lancerai pas dans une critique de cet ouvrage que je n’ai pas lu. J’en ai parcouru hier quelques pages et il m’est littéralement tombé des mains. A la décharge des auteurs, j’ai lu quelque part que la VF est affligeante versus la VO, pas si mal pensée. Cela étant, comme nous disent Les Inrocks : « (…) Comment comparer les premières phrases magistrales de L’Etranger à ce médiocre “Maman morte. Sais plus si c’était aujourd’hui ou hier” ? ». Comment, oui, c’est une vraie question.

Deuxième actu de choc, et je pèse mes mots : alertée il y a quelques jours par Valérie, je découvre, ahurie, la réaction de Jean-Claude Derey, auteur publié chez Alphée, à la chronique littéraire de Cynthia qui, ouh la vilaine, a eu la malhonnêteté intellectuelle de révéler sur son blog qu’elle n’avait pas aimé son dernier livre, « Papoua ». Je vous la fais courte hein, la critique est nettement plus argumentée. Nettement moins argumentée, en revanche, consternante au plus haut point, et scandaleusement insultante, la réponse de JC Derey sous forme de mail que Cynthia reproduit sur son blog : « Votre critique de Papoua est le juste reflet de vos limites que vous projetez avec une absence d’humour et de finesse d’esprit. Apprenez donc d’abord à vivre, puis à lire. Et enfin à écrire. Les chiens de la steppe mongole hurlent avec plus d’élégance que vous. Vous dîtes ce que vous pensez. Mais pensez vous vraiment ? Vos mots sont bulle de savon qui vous donnent l’impression d’exister et qui crèvent au premier vent du large. J’accepte la critique quand elle est constructive mais pas les lallations et gazouillis de pétasses. Bien à vous, JCD ».

Il y a une suite. Et oui, l’auteur a envoyé de nouvelles amabilités à notre pauvre blogueuse, certainement et à juste titre abasourdie. La maison d’édition a mis son grain de sel. Bref. L’événement ouvre très certainement un grand débat sur la place et le rôle des blogueurs littéraires.

Mais pour revenir un instant sur le fond, le blogueur – et d’ailleurs la plupart des blogueurs littéraires que je connais se présentent de cette manière -, avant de partager son ressenti, ses émotions, ses déceptions, avant d’être un « critique » donc… le blogueur littéraire est avant tout un lecteur. Et pour en revenir à mon côté vieille France, pour moi, la littérature, c’est avant tout une question de respect : le respect de l’œuvre, le respect de l’écrivain… et le respect du lecteur ! En cela, je suis absolument accablée par l’attitude de l’auteur. Pour poser une nouvelle question qui restera ouverte : comment est-ce possible ?

Bon et pour finir, une bonne nouvelle, l’endroit est vraiment trop sublime pour que je me prive d’en parler : le Bon Marché vient de transférer sa librairie du sous-sol du magasin au dernier étage. Sous la magnifique verrière, l’espace, rebaptisé « la maison d’édition », propose un dédale de bibliothèques comme je les aime. On s’y perd volontiers… un petit goût de reviens-y pas complètement désagréable, si vous voulez mon avis !

Flâneries exigées…

Mardi 16 juin 2009

Je ne sais pas vous mais personnellement, je suis incapable de me connecter à Internet sans faire de multiples détours. Utiles ou dénuées de tout sens commun, voulues ou subies, rationnelles ou accidentelles, ces déviations web-esques me volent au final pas mal de temps, quand j’y pense, mais me procurent également souvent des surprises, du plaisir et un certain nombre de découvertes.

C’est ainsi que j’ai pu il y a quelques années me délecter du second degré jubilatoire d’Anaik, linkée par un blog de cuisine lui-même linké par un autre blog de cuisine, etc etc. Même chose pour la délicieuse Patoumi et ses lubies culino-littéro-psychanalytiques, dont je suis devenue addict, très vite et de manière pour le moins impromptue : en tapant “gâteau basque Miremont Biarritz” dans Google, pour être claire. (Je cherchais alors désespérément le moyen de commander un gâteau basque via Internet). Chaque nouveau billet est un pur moment de poésie.

Et puis Violette et Fashion m’ont aussi attirée dans leurs filets, elles qui ont su développer un style absolument indéfinissable. Tout cela pour dire que finalement nos blogs “chouchous”, ceux que l’on consulte frénétiquement alors que l’on sait pertinemment grâce à notre Netvibes, que “non, rien n’a été publié depuis 36 heures”, on les découvre finalement souvent par curiosité ou par hasard, en se donnant le droit de flâner.

Visuel : © Olivier ToggwilerVisuel : © Olivier Toggwiler

Alors, vous pensez bien que le concept de blogroll reste pour moi une invention essentielle ! Quand on pense qu’il ne s’agit à la base que d’un simple listing ou d’une extension des favoris… Qui aurait cru que ce qui pourrait être un gadget plutôt basique nous ouvrirait des portes insoupçonnées, non pas celles de la connaissance, (j’essaie de ne pas trop m’emballer), mais assurément celles de ce que j’ai envie d’appeler l’exploration… aléatoire. Car si tant est que vous ayez un peu de temps devant vous, vous êtes quasiment sûrs de combler avec intérêt une bonne partie de votre journée. J’ai d’ailleurs moi-même développé un rapport assez obsessionnel à cet outil-miracle.

Alors bien sûr, chaque découverte n’en est pas vraiment une, les surprises ne sont pas toujours bonnes mais quand même, je suis persuadée que sur Internet, la curiosité est un bien joli défaut. Et que définitivement, nous devrions tous nous autoriser à flâner.

Let’s loiter !